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mardi, 13 janvier 2009

Che – L’Argentin : où se cache donc la passion ?

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1954. Un salon mexicain. La table est dressée. Les convives parlent gaiement. La sonnette retentit. Un homme pénètre dans la pièce d’un pas assuré tandis que le silence se fait. "Fidel, te voilà enfin", s’exclame la maîtresse de maison. Et d’ajouter : "Laisse-moi te présenter le médecin argentin dont je t’ai parlé, Ernesto Guevara." Regards échangés, mains serrées. L’amitié et la collaboration entre les deux célèbres révolutionnaires est scellée lors de ce dîner. Alors que les autres invités sont partis, Fidel Castro et Ernesto "Che" Guevara, cigare en bouche, établissent une stratégie pour renverser le dictateur cubain Fulgencio Batista.

Note :

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Cette conquête de l’île débute dans la Sierra Maestra. Par colonnes, les révolutionnaires progressent dans la jungle, le froid et la boue. S’ils tuent des soldats de l’armée et s’emparent de leurs casernes, ils protègent la population et lui apprennent à lire et écrire. Le soutien du peuple grandit tandis que la légitimité de Batista décroît.

Cette phase (1956-1958) est décrite dans la première partie du diptyque de Steven Soderbergh. Che – L’Argentin s'attarde donc sur l’entraînement, les longues marches, le recrutement, les tactiques militaires, les combats pour accéder au pouvoir, les relations entre Fidel Castro et le Che et la personnalité de ce dernier.

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C’est justement là que la bât blesse. Si le Che est de tous les plans, incarné par l’acteur américain Benicio del Toro, il n’en demeure pas moins une distance qui nous empêche une certaine forme d’empathie ou du moins une compréhension plus profonde de son caractère et des sentiments qui l’animent.

Pourtant, Benicio del Toro n’aura pas lésiné sur les efforts pour donner corps au personnage. Au-delà d’une ressemblance physique frappante, il s’est investi pour montrer la détermination, l’intelligence, la générosité mais aussi la faiblesse du personnage – notamment le fait qu’il souffre d’asthme.

Tout en étant intéressant, le film s’avère par moments ennuyant. Nombre de séquences dans la jungle sont trop longues, et le Che, malgré le charisme qu’on lui attribue, ne parvient pas à éveiller la passion. Par ailleurs, je n’ai pas vraiment vu l’intérêt des bribes du discours du Che à l’Onu en 1964, qui ponctuent le film. Dans la seconde partie, oui. Mais dans le premier opus, censé décrire son combat, cela m’a gênée pour m’imprégner du film. Sans compter tous les plans bougent - sans que cela s’explique d’un point de vue technique.

Bref, il ne reste plus qu’à attendre la suite, le 28 janvier, pour se faire une idée générale de l’œuvre.

 

Commentaires

Bonjour, je tombe sur votre critique. Un seul commentaire. Vous évoquez le "charisme qu'on lui attribue", c'est peut-être le seul point saillant qui permet de deviner que le "guérillero héroique" est une invention. Je vous envoie la mienne...Cordialement. Laurent Muller

Critique « éclairée du film » sur le Che (1ère partie)

Le Che de Steven Soderbergh : quand Hollywood fait de la propagande castriste !

Laurent Muller
Président de l’Association Européenne Cuba Libre
Termine actuellement une importante biographie sur le Che Guevara
06 03 37 57 57
La sortie du Che du réalisateur américain Steven Soderbergh est une magistrale leçon « d’alliance stratégique ». A travers Hollywood, le régime cubain s’offre une gigantesque campagne de propagande. Le « saint laic » du castrisme est placardé partout sur tous les murs possibles.

Propagande, le mot est lancé car le film, qui s’avèrera très compliqué à comprendre pour tous ceux qui ne connaissent pas la révolution cubaine, reflète purement et simplement la version officielle du régime cubain publiée après la mort du révolutionnaire, c’était en 1967.

Car ce n’est pas un hasard si le film sort au moment où le régime mis en place depuis le 1er janvier 1959 s’apprête à fêter son cinquantième anniversaire. Un demi siècle de parti unique, de pouvoir totalitaire qui a abouti à l’appauvrissement spectaculaire des Cubains et à la mort de dizaines de milliers de personnes de par l’action conjuguée des pelotons d’exécution, des fuyards coulés en mer et des guerres dans tous les coins de la planète. Et voici qu’à Paris, on ose placarder un peu partout le slogan Viva la Revolución !

Le film est long, très long. Il reflète de nombreuses demi vérités qu’il manipule à souhait, telle la liste des problèmes politiques et sociaux de Cuba dans les années 50, assénés comme de pures vérités par Fidel Castro lui-même au début du film. Cuba est décrit comme un pays arriéré gouverné par une sanglante dictature avec le soutien explicite des Américains. Les capitalistes et leurs « laquais » boivent tels des vautours, le sang du peuple cubain….l’expression est connue.

L’histoire se limite aux deux années passées par le Che dans la guérilla, deux années au regard de l’histoire, limitées à des escarmouches que le régime a passé depuis un demi siècle son temps à réinventer comme une guerre sanglante. Fait saillant, pendant cette période, le traitement des soldats faits prisonniers par les rebelles est d’autant plus humain qu’il tranche avec le sort réservé aux ennemis civils et autres opposants après la prise du pouvoir.

Soderbergh rappelle que le Che a reconnu à l’ONU, en 1964, lors d’un discours à partir duquel le film met en scène des flash-backs sur la période de la guérilla cubaine, que « le régime révolutionnaire avait fusillé, fusillait et continuerait à fusiller tant que cela serait nécessaire ». Le réalisateur ne pouvait pas le cacher. Mais, manipulation ignoble pour les très nombreuses victimes, il ose justifier les exécutions en montrant que les seuls condamnées à mort à Cuba le sont pour des motifs justifiés : assassinats, vols, et viols. Ce que ne montre pas Soderbergh, ce sont les centaines de démocrates rebaptisés « contre-révolutionnaires », « bandits » ou encore « vermine » fusillés, à l’initiative de Guevara, pour leur anticommunisme, et tous les innocents accusés sans preuves de « traîtrise » pour que « l’Argentin » impose son autorité par la terreur. Pourquoi n’a-t-il pas montré l’exemple le cas du paysan Eutimio Guerra auquel le « Che » tire une balle dans la tête, ou de Juan Pérez, accusé sans preuve et fusillé devant ses enfants. Pire, Soderbergh montre des « casquitos », des jeunes appelés montrés par le film en train de se défendre sur le toit d’un hôtel et qui sont fait prisonniers. Ce qu’il ne montre pas c’est son « Che » ordonnant à un de ses subordonnés, le docteur Sérafin Ruiz de Zaraté, de les faire immédiatement fusiller, ce à quoi ce médecin répond : « Mais Che, il faut leur faire un procès » et Guevara de lancer pour la première fois cette phrase mainte fois répétée ne traînez pas pour dicter les sentences, ceci est une révolution, n’utilisez pas les méthodes légales bourgeoises, les preuves sont secondaires. Il faut procéder par conviction. C’est une bande de criminels, d’assassins…si je le pouvais, je prendrais une mitrailleuse et ta, ta, ta… »

Autre sujet choquant pour ceux qui s’attendaient à un minimum d’objectivité, le dernier tiers de « l’Argentin » décrit « la terrible bataille de Santa Clara », une bataille apparemment sanglante avec des bombardements hollywoodiens suivie de la prise d’un « train blindé » qui n’avait de blindé que le nom. Ces épisodes sont depuis la prise du pouvoir par Castro les justificatifs de la qualité de « guérilléro héroïque » et l’attribution au Che de la victoire militaire contre Batista, et ce à l’encontre de la vérité historique. Hors, non seulement Guevara n’y participe pas en tant que combattant et encore moins sa future épouse, Aleida March, comme le montre l’affiche du film, mais la « terrible bataille », selon les souvenirs de Guevara lui-même, et conforté par de nombreux témoins, ne fait qu’un seul mort, un jeune combattant surnommé el Vaquerito, qui avait paradé devant des mitrailleuses ennemies ! Quant au train blindé, il a tout simplement été vendu par son responsable, le colonel Florentino Rosell, parti le jour même en exil à Miami.

Autre demi vérité, Soderbergh montre son héro blessé se faire soigner dans un hôpital mais pas un seul instant il ne laisse comprendre que Guevara s’est luxé le bras en faisant une chute accidentelle. Ce n’est donc nullement une blessure due à son courage légendaire, ce que croiront certainement les spectateurs invités à admirer la bravoure du « héro ».

Il y a bien des choses à dire sur le Che, bien des vérités à rétablir, comme celle de l’usurpation de son titre de médecin, sa participation au déluge sanglant qui va mettre en place un système totalitaire, son bilan économique, ou encore les raisons de son départ précipité de Cuba en 1965. Celles-ci ne peuvent pas appartenir au film de Soderbergh. La meilleure preuve est que le film a été projeté, sans la moindre censure à Cuba où l’acteur principal, Benicio del Toro a une fois de plus dédié un hommage au Che et rencontré Fidel Castro. Pour la presse officielle, la seule autorisée dans l’île, le « journaliste » chargé de la critique n’a émis qu’une toute petite réserve, celle que le rôle de Fidel Castro n’ait pas reflété tout le charisme du Lider Maximo…

Écrit par : Laurent Muller | mardi, 13 janvier 2009

Tres bon film didactique qui nous montre sans détours :
-que le but recherché par les producteurs de cinema grand spectacle en deux volets c'est uniquement la rentabilite au detriment d'un scenario bateau hors des faits historiques
-qu'il vaut mieux s'attacher un bon acteur qui rempli bien le teeshirt puisque le poster c'est bien vendu.
-du coup on peut se poser la question si TRAFFIC du meme auteur repond au memes critéres de faisabilite ?

Écrit par : gumbau | mardi, 13 janvier 2009

> Laurent Muller : merci pour cette critique éclairée et très intéressante ! Je ne savais pas que Soderbergh s'était uniquement basé sur la vision du régime cubain.

Écrit par : Audrey | jeudi, 15 janvier 2009

Les commentaires sont fermés.

 
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